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Citoyen-du-Laniakea.over-blog.com

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Blog à tendance libertaire et révolutionnaire qui cultive et revendique une certaine marginalité par les liens, les personnalités et les idées mis en avant. Ce mélange peut sembler parfois contradictoire mais qu'importe, ce blog aime picorer un peu partout, seule une expression, un appel ou une menace explicite relative à la haine, de violence y sont prohibées

La synthèse de mon étude sur la légitimité du revenu universel

http://revenuminimum.blogspot.fr (synthèse de 2 p de l’étude académique en bas de la page d’accueil du blog)

Synthèse de mon mémoire sur « La légitimité du Revenu Minimum d’Existence »

Si l’idée de garantie du revenu émerge au 16è siècle, l’antiquité a vu apparaître le rêve de robots esclaves au lieu d’humains[1] pour les tâches pénibles. Ce rêve, de brillants esprits du 20è siècle ont compris que le développement des sciences et des techniques pouvait le concrétiser grâce à une prise de conscience et de la volonté. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais. Cet opportun rappel doit nous encourager à refonder et rehausser l’exigence éducative pour accompagner ce mouvement plutôt que de nous inviter à un suicidaire statut quo. S’il est au service des projets de vie individuels et collectifs, ce mouvement peut s’inscrire dans une dynamique alternative forte et crédible contrecarrant le processus infini qui fait des humains des moyens plutôt que des fins.

La définition du Revenu Minimum d’Existence (RME) serait l’inconditionnalité d’un revenu individuel à hauteur du minimum vital à décent et le(s) processus de sa possible concrétisation dans des circonstances très différentes. Grâce à un effort éducatif ambitieux sur le long terme et à une indépendance énergétique due à une agriculture locale, c’est possible avec une convergence d’un minimum de personnes très motivées.

Comme on est sorti de la rareté[2] sans être préparé culturellement à l’abondance, il en résulte une surabondance d’énergie et on finit par dépenser mais sur un mode pathologique, d’abord guerrier et totalitaire. S’il n’y a pas de mutation culturelle au niveau du désir de vie, c’est la mort et la souffrance qui l’emportent. La construction européenne a mis fin jusqu’à présent à la perpétuation des périodes sanguinaires des Etats européens. Il ne faudrait pas que ce succès se fasse par simple rejet de cette souffrance aux frontières européennes et dans notre barbarie personnelle. Cette embarrassante abondance d’énergie* devrait être portée en priorité sur les besoins premiers dont le RME. La rationalité économique à long terme montre aussi que la coexistence de populations manquant du minimum ou vivant dans l’angoisse du lendemain avec celles pour lesquelles le superflu occupe l’existence, risque de menacer la survie même du genre humain.

Une des confusions majeures depuis que nous sommes dans une société d’abondance matérielle est celle entre le besoin et le désir. Deux approches opposées du désir coexistent : le désir d’avoir (et de savoir) et le désir d’être ou désir d’humanité. « Il y a assez de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais il n’y en a pas assez pour répondre au désir de possession de chacun » résumait Gandhi.

Des pères de l’économie considéraient que celle-ci est partie liée avec la rareté. Quand la rareté s’efface, l’économie devient seconde. Karl Marx parlait « du passage du règne de la nécessité au règne de la liberté », Adam Smith disait qu’« une fois le problème économique [la rareté] réglée, on pourra s’atteler à l’essentiel [: la construction] de la République philosophique », avec pour questions premières : comment faire société, la question amoureuse et celle du rapport au sens. John Keynes nommait cela « l’au-delà de l’économie ».

La course contre la rareté est finie mais continuons quand-même à courir car c’est une chose qu’on sait faire et entretenons l’illusion que la course est inachevée, même infinie, par facilité. « Considérant que les rapports entre les humains sont ce qu’il y a de plus difficile, mieux vaut organiser le rapport avec les choses et la marchandisation »* dont on est hypocrite de se plaindre alors que c’est la marche naturelle de cette économie de marché devenue « société de

[1] V. notamment les quelques liens illustratifs sur les robots à la p. 87 de mon mémoire sur la légitimité du RME.

[2] Si la rareté des énergies, notamment fossiles, est reconnue, cela ne peut avoir d’incidence que sur le long terme car c’est la répartition de ces énergies qui pose aujourd’hui problème. En Occident, c’est la « société de consommation » qui a succédé à celle de la rareté. De plus, un changement de paradigme énergétique n’est pas exclu. Voir par exemple Nikola Tesla (http://www.amessi.org/La-voiture-a-energie-libre-de-Nikola-Tesla#.TwhdSnrM3pc )

marché ». Cette dernière fait à elle seule société en l’absence de modèle(s) concurrent(s) au marché et donc de la richesse capable de rivaliser avec lui.

L’intérêt de voir dans telle ou telle chose une richesse, loin d’être l’expression d’un fait naturel, est un construit social et culturel destiné à socialiser les passions humaines. Le passage d’une croyance (à la base du développement de la connaissance) à un autre par l’intermédiaire d’une révolution est le modèle normal de maturation d’une science adulte, la faible publicité qui en est faite nous fait envisager que les scientifiques n’ont pas intégré le caractère « normal » de ce développement. Alors que ces questions relèvent de l’intérêt général et devraient faire l’objet de débats publics, elles sont dévolues à des cercles confidentiels d’experts. Quant aux idéologies qui se sont emparées du politique, c’est pour exclure toute autre manière de faire société que la leur. Même remarque pour les religions.

L’ennui est que « toutes les stratégies transformatrices et alternatives butent sur le fait qu’on ne peut pas faire les choses à moitié »*. La question de l’éducation initiale et continue est au cœur de tout développement ultérieur de cette réflexion. Keynes prédisait que nos sociétés auront « en permanence recours à l’excitation du dopage sous toutes ces formes y compris monétaire pour compenser leur mal-être ». « La classe politique se réduit à une technocratie spécialisée dans le choix des moyens les plus adaptés pour parvenir aux objectifs prédéterminés ou se perd dans un bavardage sans efficacité »[1]. « La référence aux contraintes imposées par la compétition internationale devient un alibi qui permet de justifier toutes les soumissions à un système idéologique et dispense de s’interroger sur ses fondements »[2].

S’il y a eu un discret transfert partiel du droit de créer de la monnaie aux banques par l’émission de crédits, cela serait plus légitime d’ouvrir un droit de créer une monnaie, dédiée aux besoins primaires, se rattachant à l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Quant aux indicateurs de richesse, ils ne sont que le reflet d’une réalité et impuissants à la changer. Le risque est de se limiter à des améliorations marginales couronnant toujours l’entreprise seule productrice de richesse. Pour beaucoup, le caractère premier d’une économie amorale est un moindre mal par rapport au risque totalitaire de toute « politique du bien »*. Serions-nous condamnés à la suprématie du désir d’Avoir de peur de tomber dans le piège totalitaire ? A moins que la peur d’un type de régime totalitaire daté soit le meilleur moyen pour se contenter d’un régime totalitaire plus doux, où la brutalité est plus intériorisée qu’extériorisée car chacun se conformerait de lui-même à un code implicite de comportements ?

La sociale démocratie a défiguré l’héritage socialiste dont elle se revendiquait pourtant. Marx voulait rendre le travail épanouissant car exercé en vue de lui-même. Les sociaux démocrates prétendent réaliser cet objectif alors que c’est d’abord par l’augmentation du revenu et la consommation qu’il engendre que le travail suscite une satisfaction.

*Citations de Patrick Viveret, philosophe et magistrat à la Cour des Comptes, extraites de trois brèves vidéo :

http://www.idies.org/index.php?post/Video-de-Patrick-Viveret

http://www.dailymotion.com/video/x26zbo_viveret-patrick-cercle-de-reflexion_news

Trois documents de l’historien et philosophe des sciences, Professeur à Stanford et académicien, Michel Serres :

http://itunes.apple.com/fr/podcast/conference-michel-serres-autour/id310672496 (après les 7 1ères mn, une belle introduction de 10 mn et le passage entre 1h 12mn 20sec et 1h 15mn, bref mais intense !!)

http://interstices.info/jcms/c_33030/les-nouvelles-technologies-revolution-culturelleetcognitive

http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_divers/serres_2011.html (5 p)

[1] Citation de D. Méda, Le travail, une valeur en voie de disparition, Ed. Alto-Aubier, 1995.

[2] Citation d’Anne-Marie Grozelier, Pour en finir avec la fin du travail, Les Ed. de l’Atelier, avril 1998, p. 196.

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